En entrant dans le Musée des Beaux-Arts à Paris, nous avons rencontré Ana Maria Lozano, une artiste, auteure de l’exposition « Tisser les racines ».

Passionnée d’art, cette colombienne propose, au travers de son travail, une nouvelle poésie entre la nature et les êtres humains. Polyvalente, elle utilise différents supports tels que la photographie, la gravure et la sculpture.

Après avoir suivi son travail et participé à son atelier, nous avons voulu en savoir plus…

« Tisser les racines » d’après Ana Maria Lozano

Depuis vos débuts, il semble que vous avez toujours recherché une connexion entre l’homme et l’environnement. Pourquoi ce choix ?

Ce penchant pour la nature vient de la beauté que je vois en elle. Comme un enfant, j’aime les formes des nervures des feuilles, la texture des arbres ainsi que les couleurs du ciel. Comme l’on peut voir, par exemple, dans l’épaisse forêt de l’Amazonie colombienne… Ce sont des expériences qui m’ont tellement touchée que j’avais un fort désir de créativité et de partage pour cet amour de la nature.

La nature, les plantes, le jardinage… sont très présents dans votre travail. Pensez-vous que vous êtes particulièrement connectée à la nature ?

L’homme fait parti intégrante de la nature et par conséquent, il est impossible de croire que nous sommes séparés d’elle. Même la ville la plus polluée fait partie de la nature, elle en est une création en soi dans un sens. Je pense que nous devons travailler sur la qualité des liens qui nous unissent à la terre et le travail dans l’amour. En anthropologie, il est l’animisme terme pour se référer à la croyance par laquelle nous donnons la vie ou de la conscience à des entités non humaines (les esprits des arbres, par exemple) avec la croyance de nombreux peuples autochtones. Je pense qu’une solution serait hors du naturalisme (position occidentale, qui sépare l’homme de la nature, plaçant l’homme rationnel-dessus de cela), pour revenir à l’animisme, et de relancer nos relations avec les êtres vivants les plus proches de soin d’eux comme les sentir ils sont nos frères, nos parents de nos mères, je me réfère à nos frères les arbres, les esprits gardiens des parents pierres, la terre-mère!

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Qu’est-ce que cela signifie pour vous de faire les choses avec vos mains?

C’est une excellente question !  Faire des choses avec vos mains, c’est un moyen d’être libre et donc pour moi, cela signifie la capacité de créer, de transformer.

Par exemple, lorsque Gandhi se battait contre l’empire britannique des Indes, incitait les gens à se libérer grâce à la non-violence et à la libéralisation des échanges. Ils ont dû tisser leurs propres vêtements. C’est pourquoi le rouet représenté sur le drapeau de l’Inde est un symbole de la liberté que vous obtenez avec le travail lui-même.

J’adore cette question parce que je pense qu’elle est la clé de ce que nous devons faire pour l’humanité, en favorisant  la replantation, l’autoproduction de notre nourriture, faire nos propres vêtements, tisser des relations humaines et produire d’avantage avec nos mains…

La liberté est le don plus qu’un homme peut avoir ce don et peut être largement remporté par le travail qu’il effectue avec ses mains.

Tisser les racines plus que du tricot

Tisser les racines est une exposition conçu comme un lieu de rencontre, un lieu où les gens peuvent voir des sculptures vivantes avec une dynamique humaine. Les gens peuvent se détendre et écouter de la musique des plantes et des textes de poètes, des anthropologues et des chamans. La richesse de ce lieu est générée par le partage d’expériences où j’invite des chorégraphes, interprètes, professeurs de musique et anthropologues … à discuter et à créer un lien entre la nature et chacun des participants.

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Nous savons que ce travail n’a pas été réalisé par vous-même, pouvez-vous nous en dire plus sur ceux qui vous ont aidé ? Comment êtes-vous venu à construire cet espace ?

De nombreuses personnes m’ont aidé à la mise en place de ce projet, précisément parce que je veux apprendre aux autres à travailler ensemble.

Je travaillais en collaboration avec l’Association des Orquideofilia de la France, qui a fourni un appui technique et logistique pour cultiver les orchidées de mes sculptures.  Je aussi reçu une aide de ManoMano, qui m’a fourni toutes la terre nécessaire, ainsi que les cordes, tissus naturels et les déshumidificateurs naturelle nécessaire à l’installation.

Aussi, j’ai travaillé avec des scientifiques qui m’ont aidé à récupérer les vibrations des plantes présentes dans le système et plus tard avec les ingénieurs du son pour obtenir un résultat audio. Les designers industriels ont contribué à l’élaboration de chaises modulaires fabriqués à partir de fibres naturelles, et une équipe de charpentiers m’ont expliqué comment les développer. L’installation est traversée par un grand tissu qui a été conçu pendant quatre mois avec les adolescents du Centre Pompidou et dans quelques ateliers d’art dans lesquels je participais. En bref, ce fut une aventure collective et collaborative entre plusieurs intervenants sans lesquels ce projet n’aurait jamais été possible !

Vous nous avez dit que cette installation était un véritable défi, pourquoi ? Quelles sont les difficultés techniques que vous avez rencontrées ?

Honnêtement, ce fut un grand défi pour moi parce que j’avais imaginé cet espace avec beaucoup de racines qui pendent au plafond et que la première règle qui m’a donné l’ingénieur du musée est que cela ne pourrait être cloué à travers le toit ! Ce fut une grande surprise. J’ai dû appeler les ingénieurs qui m’aidaient à penser une structure qui «flotte» pour soutenir les 300 kilos de l’œuvre au-dessus du sol.

 

Vous voulez en savoir plus ? La suite au prochain épisode …

ManoMano
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