Alors que nos terres se font peu à peu engloutir par le béton, et que le manque de nature en ville se fait cruellement sentir par les citadins, la Guerilla Green vient mettre quelques uppercuts au bitume. Armés de râteaux, graines et arrosoirs, les activistes issus de ce mouvement, prônent un jardinage politique : il n’est pas seulement question de fleurir des balcons, mais bien de se réapproprier l’espace urbain, de récréer du lien social et de renouer avec l’autonomie via une forme de désobéissance végétale. La devise est claire : Plantez tout, plantez partout !!

Aux origines du mouvement

Les premières formes de green guerilla apparaissent au 17ème siècle, en Angleterre. Les “Diggers”, un groupe de fermiers rebelles, s’opposaient aux Lords et à l’armée en cultivant des terres privées pour nourrir les villages. En somme, les premiers squatteurs de l’histoire !

Mais c’est en 1973 que le mouvement prend réellement forme, lorsque Liz Christy et sa bande décident de reverdir un terrain désaffecté de Manhattan. Ils traversent New-York en lançant des seedbombs (bombes de graines) et permettent aux habitants du quartier de se nourrir gratuitement. Aujourd’hui ce jardin partagé existe toujours, et a été officialisé par la mairie.

La révolution verte se propage

Depuis, la Guerilla Green s’est propagée partout dans le Monde, avec des figures de proue comme Ron Finley à Los Angeles qui a réussi à transformer la loi américaine : il est désormais légal de planter du comestible sur les zones de stationnement en Californie.

Aujourd’hui en France, l’Etat considère que planter ou cultiver une terre dont on n’est pas pas propriétaire est une violation et une dégradation de la propriété. L’Article 322-1 du Code Pénal prévoit jusqu’à deux ans de prison et 30.000euros d’amende. Si dans les faits, cette loi est rarement appliquée, elle interroge toutefois, quand on sait que 27% des Français ont des difficultés à se payer des fruits et légumes tous les jours*. 

La fabrication de mobilier urbain incluant du végétal et des graffitis rend la rue plus conviviale.
*étude Ipsos pour le Secours Populaire.

Des beaux quariters londoniens au favelas de Rio, on trouve aujourd’hui des Green Guerillero.a.s de tous horizons et de toutes origines. Groupes ou personnes anonymes, associations de quartier, adultes, enfants, expert.e.s ou non en jardinage, street artistes… n’importe qui peut s’emparer de ce mouvement pour planter partout !

À vous de jouer 

Envie de partir à l’assaut de votre quartier pour le végétaliser ? Voilà quelques tips pour devenir un.e green guerillero.a digne de ce nom : 

Repérer sa cible

Le plus simple est de démarrer dans un lieu public et libre d’accès où l’on aura l’habitude de passer régulièrement (sur le chemin de son travail par exemple) pour pouvoir venir arroser, entretenir et surtout profiter du résultat. Il suffit de repérer un bout de terre laissé en friche ou en mauvais état : un terre-plein, au pied d’un arbre, un rond-point… soyez créatifs ! Et prenez le temps d’observer votre terrain : est-il à l’ombre, au soleil, dans un passage venteux ? Est-ce qu’il y a des plantes déjà en place ? C’est ce qui vous aidera à déterminer ce que vous allez faire pousser. 

Choisir son arme

Un tournevis en guise de plantoir, une fourchette en guise de mini-griffe, une poubelle comme bac à fleurs… les green guerilleros sont les rois de la récup et font preuve d’imagination quand il s’agit de choisir leurs matériels de jardinage. Certains s’amusent même à construire leurs propres « armes » : un lance-pierre ou une petite catapulte pour balancer des bombes de graines par dessus un grillage… L’important au-delà de végétaliser, est aussi de s’amuser !

Enrôler de nouveaux membres

Jardinier dans l’espace public est également l’occasion de rencontrer les gens de son quartier : voisins, commerçants, ou juste curieux passants, n’hésitez pas à engager la conversation, vous trouverez peut-être de nouveaux alliés pour vous aider à entretenir les plantations. N’hésitez pas à signaliser votre activité à l’aide de petits panneaux qui expliquent l’initiative et encouragent l’entretien du lieu. 

Vous pouvez aussi vous lancer dans la propagande avec le tag en mousse !

Balancer des bombes de graines

Symbole emblématique de la Guerilla Green, la bombe de graines peut être utilisée pour végétaliser des lieux difficiles d’accès, et favoriser facilement la biodiversité pour nos amis les pollinisateurs, sans avoir à se promener avec une binette sur les épaules.

Matériel :

  • Des graines (que vous aurez pu récolter sur des végétaux dans des espaces verts à proximité de chez vous, ou auprès d’associations qui protègent les semences bio/anciennes, et valorisent le troc. Exemple : cardère sauvage, coquelicots, bleuets, moutarde, centaurée noire, moutarde, lin, capucine, ciboulette, oseille, des mélanges de « prairie fleurie »…)
  • 2/3 d’argile (que vous pourrez trouver en magasin de loisir créatif par exemple, ou de la terre très argileuse de votre jardin)
  • 1/3 de terre (on peut par exemple mélanger des vieux restes de terreau avec du compost)

On mélange la terre et l’argile en humidifiant légèrement, pour façonner des petites boulettes dans lesquelles on place quelques graines (une petite pincée suffit).

Et maintenant au choix : soit on fait sécher rapidement les boulettes dans un endroit chaud et ventilé pour pouvoir les garder jusqu’à la bonne saison pour semer. Soit on se lance à l’attaque du bitume ! Les endroits à privilégier : là où la terre est nue, là où les herbes sont courtes, éventuellement sur du gravier… la réussite n’est pas garantie à 100% mais l’important c’est de (se) lancer !

Alors prêt.e à transformer sa rue en jungle urbaine ?

ManoMano
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